Jour de caravane

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"Histoires d'eaux"

Réelles ou romancées, quelques anecdotes qui témoignent de la vie d'un bateau et de ses équipages. "Histoires d'eaux" est un prétexte qui permet de mieux comprendre la réalité des marins d'hier, leur vie à bord, les manoeuvres, un fait d'histoire...


Pâques 1927, le long de la jetée de la Houle à Cancale, près de deux-cents bisquines attendent le signal de départ de la caravane. Aujourd'hui les bisquines ont le droit de draguer l'huitre sauvage en baie du Mont Saint-Michel.

Six heures durant, pas une minute de plus, les équipages des bisquines vont avoir le droit de mettre les dragues à l'eau, de récolter la plus grande quantité possible d'huitres sauvages, de revenir chargées jusqu'à la gueule déposer leur cargaison sous forme de tas au pied de chaque coque de navire.

Jusqu'à seize à bord

La pêche de l'huitre sauvage est sévèrement réglementée : pour éviter d'épuiser les ressources, les caravanes n'ont lieu que quelques jours par an en mars et avril. Pour l'occasion, les patrons de pêche embarquent de la main d'œuvre supplémentaire. On compte jusqu'à seize hommes d'équipage, là où un équipage de huit à neuf personnes suffit quotidiennement à la tâche. Les renforts ? Le plus souvent ce sont des paysans des environs qui viennent améliorer l'ordinaire. La tâche est rude, il faut quatre hommes en moyenne pour remonter une drague, mais elle peut rapporter des sommes coquettes.

Pour l'heure, tout ce petit monde attend le signal du bateau garde-juré. Un coup de trompe, le pavillon « H », rouge et blanc hissé en tête de mât et toute la troupe part en procession vers les lieux de pêche. Les plus rapides se dépêchent de prendre les meilleures places, celles qui leur permettront de se placer au vent de la zone de pêche et de se laisser dériver dès le lancement de la caravane. Au coup de canon, les dragues tombent à l'eau, la frénésie gagne le bord. Il s'agit de rentabiliser les heures : mettre les fers à l'eau, trouver le bon réglage de voile, sentir quand la drague est pleine, remonter les fers, vider la drague, la remettre à l'eau, trier les huitres sauvages. C'est comme un rituel qui se répète…

Sous haute surveillance

Pour les meilleurs ce seront plusieurs dizaines de milliers d'huitres sauvages qui seront ramenées à terre. Autour des bisquines, le garde-juré aidé d'un garde-côtes de la Marine veille au grain. Qu'un bateau sorte de la zone de pêche et le voilà condamné à rester au mouillage pour la fin de la journée… la fête est finie pour lui.

Au coup de canon, les dernières dragues sont remontées et les flottes repartent qui vers Granville, qui vers Cancale. Au retour, il faudra encore finir de trier les coquilles ; les femmes s'occuperont de compter les huitres, les nettoyer, puis les emballer. Dès le lendemain, la plupart des équipages repart en mer… Le grand métier n'attend pas.