La Dame de la Mer

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La Dame de la Mer


Anita Caracotchian est née le 17 mai 1899. D'origine arménienne, fortunée, Anita, elle se partage très vite entre deux passions, la mer et les livres.

Retour sur le parcours exceptionnel d'Anita Conti (1899 - 1997), la « Dame de la Mer »

Entre 1920 et 1925, Anita vit entre les embarquements, le monde des pêcheurs et les salons parisiens. La presse remarque une jeune poète relieur d'art : Anita Cara.

Entre 1927 et 1932, Anita Caracotchian épouse Marcel Conti, attaché d'ambassade. Elle parcourt les mers et publie des reportages. Remarquée pour ses articles dans plusieurs journaux, Anita est engagée en 1935 par le directeur de l'Office Scientifique et Technique des Pêches Maritimes (O.S.T.P.M., ancêtre d'I.F.R.E.M.E.R.). Elle contribue au lancement du premier navire océanographique français le Président Théodore Tissier.

L'Europe est en guerre. De 1939 à 1940, elle embarque sur les dragueurs de mines en Manche et en mer du Nord. Première femme à bord des navires de la Royale, elle prend une part active aux opérations de déminage du chenal de Dunkerque. Missonnée par l'OSTPM en 1941, Anita part en Afrique et chalute dans les mers chaudes pour ravitailler les populations et l'armée française. Au cours de ces mois, Anita constate que les ressources maritimes ouest-africaines sont négligées et mal exploitées. En 1943, le gouvernement d'Alger lui confie la mission d'étudier les pêches traditionnelles et de perfectionner leur développement dans le but d'améliorer le régime alimentaire des populations locales. En 1946, elle participe à la création d'une pêcherie de requins en Guinée, à Conakry.

En 1947, le nouveau gouverneur de Dakar ne reconduit pas la mission d'Anita. Soutenue par quelques relations, elle créé avec sa cousine Pâquerette de Quénétain les Pêcheries d'Outre Mer. Jacques-Yves Cousteau soutiendra le projet. Mais, très vite, les contradictions apparaissent. Les problèmes s'additionnent. Anita rentre en France.

Destination Le Grand Nord. En juillet 1952, le chalutier saleur Bois Rosé sort du port de Fécamp avec à son bord 500 000 litres de gasoil, 750 000 kilos de sel, soixante hommes d'équipage et… Anita Conti et ses quarante chemisiers. A 53 ans, une nouvelle passe de bonheur. Elle publie le récit de la campagne du Bois-Rosé : Racleurs d'océans. Elle réalise un film qui retrace cette campagne morutière.

En 1957, elle retourne en Afrique, rassemble ses notes sur l'Afrique et y rédige son deuxième ouvrage Géants des mers chaudes.

En 1958, on retrouve Anita Conti à Concarneau. A bord du navire Tohy, elle observe le requin pèlerin.

Le navire Président Théodore Tissier est toujours en action, elle rejoint son bord pour une mission d'études sur la Méditerranée. Elle se bat contre le gâchis des faux poissons, espèces que les pêcheurs rejettent à la mer. Elle est accueillie pendant deux ans au Musée Océanographique de Monaco par le commandant Cousteau.

En 1960, elle repart pour une observation des pêches à bord du chalutier lorientais Les Deux Amis. A cette occasion, elle fera campagne, avec succès, pour le poisson-sabre, un éternel rejeté.

Entre 1963 et 1970, elle s'enfonce sur le littoral adriatique pour expérimenter des fermes aquacoles. Elle ne songe pas à la rentabilité, elle étudie. Mais en 1965, ses installations sont ruinées par une tempête.

Anita Conti court toujours et part pour l'Irlande à la rencontre de ses grands camarades les requins pèlerins. On la retrouve en Mer du Nord, où elle tente une nouvelle structure de fermes aquacoles en pleines eaux. L'expérience est un succès mais cette fois, c'est une marée noire qui met un terme à son travail.

A partir de 1975, elle commence alors une incroyable trajectoire. De bateau en bateau, de port en port, du Portugal à la Norvège, de l'Irlande au Japon, elle trimbale son sac, dépose en coup de vent ses notes, des poèmes, des films dans son « carré » de la rue de Rivoli, et repart. Partout dans les ports d'Europe, on connaît le nom de La Dame de la Mer. A l'aube de ses 80 ans, rien de l'arrête. Elle poursuit ses rêves.

En 1997, Anita Conti s'éteint à Douarnenez dans la nuit de tempête du 24 au 25 décembre 1997. Au même instant, en Mer d'Irlande, cinq marins de Camaret disparaissent… Selon ses volontés, le 2 mai 1998 (elle aurait eu 99 ans), ses cendres sont dispersées en Mer d'Iroise, par 4°25 de longitude Ouest et 48°09 de latitude Nord.

La légende Anita Conti

Sur des chalutiers industriels ou de frêles pirogues, des mers froides aux mers chaudes, Anita Conti décrit, note et fixe sur son objectif des journées de labeur et des émotions fugaces : observations scientifiques, poésies, photographies, notes de travail, portant témoignage de ses multiples pérégrinations et de la fierté des gens de mer.

Toujours à l'affût des gestes et techniques, témoin visionnaire dès les années 1930 de la surexploitation des océans, observatrice de l'âpreté des métiers de la mer, du regard complice d'un marin, émerveillée par la majesté silencieuse de l'océan, la vague fendue par une pirogue, fascinée par l'étrangeté des bêtes océanes, chercheuse infatigable de l'équilibre de la ressource, Anita Conti rassemble en 70 années de recherche océanographique un fonds impressionnant de manuscrits et près de 40 000 clichés.

Elle inventa ses missions, les assuma seule, ne compta que sur sa détermination pour réaliser une œuvre aujourd'hui reconnue : vision exceptionnelle de l'histoire maritime française du 20e siècle, au travers d'un regard féminin empreint d'une sagesse humaniste. Les marins l'ont surnommée la Dame de la Mer.

Elle est vue aujourd'hui, à l'instar d'Alexandra David-Neel et Ella Maillart, comme une des grandes aventurières du 20e siècle, lesquelles ont tracé leurs voies au mépris des préjugés misogynes.

 
Anita Conti est la marraine de la Cité de la Mer de Dieppe et du Festival du Vent à Calvi, un chalutier du Guilvinec porte son nom, ainsi que le lycée maritime de Fécamp et plusieurs écoles de Bretagne et de Vendée. L'œuvre d'Anita Conti, par sa force évocatrice et sa pensée visionnaire, va bien au-delà. La vie de la Dame de la Mer est une aventure humaine hors du commun.

Association Cap sur Anita Conti

 

En savoir plus : http://anita-conti.org